AA/Alger/Aksil Ouali
Engagement économique et militaire au Niger, réconciliation avec le Mali et le Burkina Faso, soutient inconditionnel à la Tunisie et tentatives de régler la crise libyenne…L’Algérie adopte, décidément, une toute nouvelle politique dans ses relations avec ses voisins immédiats, à l’est et surtout au sud. C’est à la fois surprenant et intrigant. En quelques mois, en effet, Alger rebat les cartes et devient, à nouveau, un acteur majeur au Sahel.
Après une année de brouille avec Niamey, Bamako et Ouagadougou, les autorités algériennes semblent avoir repris la main dans cette région qui fait face à d’énormes défis sécuritaire et économique. Tout a commencé au début de l’année en cours. L’Algérie a d’abord brisé la glace avec le Niger. Entre les deux pays, le malentendu s’est installé depuis le coup d’Etat contre l’ancien président, Mohamed Bazoum. Il s’est accentué avec l’affaire du drone malien abattu par l’armée algérienne à Tin Zaouatine à la fin du mois de mars 2025.
Les autorités de Niamey avaient rappelé leur ambassadeur à Alger. Et l’Algérie a fait de même, « en application du principe de la réciprocité », avaient précisés les responsables algériens.
En février 2026, les deux pays ont entrepris une série d’actions qui ont accéléré le réchauffement de leur relation : visites de haut niveau, établissement d’un programme d’échanges économiques et réalisation, par l’Algérie et sa compagnie pétrolière, d’investissements au Niger.
Le rapprochement s’est étendu, depuis quelques jours, à la coopération militaire, avec l’envoie d’unité de l’armée algérienne au Niger où elles devraient, selon l’ancien diplomate algérien, Amar Belani qui a partagé l’information sur son compte officiel Facebook, la base militaire de Madama au nord du Niger.
==Intérêt particulier pour le Sahel==
Parallèlement, Alger a clos son différend avec le Burkina Faso, avant chasser la grisaille dans son ciel avec le Mali avec qui les relations ont été presque rompues depuis près de deux ans. «
En ce qui concerne le Sahel, nous avons mis en place un mécanisme qui s’est révélé très utile, du moins de notre point de vue. Il s’est avéré très, très efficace. Et grâce à ce mécanisme, je pense que nous en sommes arrivés à une situation où des évolutions positives se produisent dans la région, tant au Mali qu’au Niger et au Burkina Faso », a assuré, mardi dernier, le chef de la diplomatie algérienne, Ahmed Attaf, lors de sa rencontre à Moscou avec son homologue russe Serguei Lavrov.
Il a affirmé même avoir reçu « hier (lundi 26 octobre, ndlr) un signal politique fort de la part de son homologue malien », sans s’étaler sur le sujet. Cet intérêt particulier pour le Sahel s’est matérialisé avec l’envoi des militaires algériens, pour la première fois depuis 1973 (participation de l’armée algérienne à la guerre arabo-israélienne) en dehors des frontières.
Ce fait, déclare à Anadolu (AA), Djallil Lounnas, professeur de relations internationales à l’université Al Akhwayn (Maroc), « est, à la fois nouveau et ancien ».
« Le débat sur la nécessité ou non d’intervenir à l’extérieur commence en Algérie dès les printemps arabes de 2011 avec ce qui s’est passé en Tunisie, la chute de la Lybie et la mise en difficulté du Mali. La question s’était posée une première fois avec les risques pesants sur la Tunisie. Et l’Algérie avait activement participé à la sécurisation du pays incluant, selon certaines rumeurs, des opérations contre les groupes terroristes à la frontière algéro-tunisienne en coopération avec les services de sécurité tunisiens », nous a-t-il expliqué.
==« Changement de doctrine »==
Selon notre interlocuteur, « c’est surtout avec la déstabilisation de la Lybie et du Mali, la prolifération des groupes armés terroristes dont certains avaient frappé l’Algérie à partir du Sahel/via la Lybie (Tiegentourine en 2013), trafiques d’armes et de drogues, que le débat s’est imposé ».
« A l’époque l’Etat major de l’armée algérienne, suivant la ligne de Général Mohamed Lamari (1992-2004) et de son successeur Gaïd Salah, estimait que l’armée n’avait pas vocation à intervenir à l’étranger et que sa mission était de sécuriser les frontières nationales et que toute intervention portait des risques très élevés. Il préférerait, plutôt verrouiller hermétiquement les frontières, coopérer avec les Etats de la région à travers la CEMOC (Comité d'État-major Opérationnel Conjoint, créé en 2010) ou à travers le bilatéralisme en favorisant notamment des médiations pour des solutions politique en Libye et au Mali », a expliqué notre locuteur.
Ce changement de doctrine, a-t-il précisé, est « un long processus qui s’est accéléré depuis 2019 et qui est arrivé à maturation en été 2026 ». Le professeur en relations internationales cite trois facteurs qui, selon lui, ont balisé le terrain à cette mutation : « l’expansion de l’activité terroriste de JNIM et de l’EIGS au Niger et au Mali », « la présence des forces extérieures avec lesquelles l’Algérie n’est pas forcement sur la même ligne au Sahel (Africa Corp et Sadat) », « le rapprochement entre le maréchal Haftar, le FLA (front de libération de l’Azawad) et les émirats arabes unis ».
Dans une interview accordée à RFI, Luis Martinez, directeur de recherche au centre de recherches internationales (CERI), « l’Algérie profitait auparavant de la gestion de la gestion du Sahel par la Libye de Kadhafi ». Selon lui, l’évolution de la situation depuis la mort de l’ancien guide libyen, le départ de la France, les difficultés rencontrées par les russes sur le terrain « ont fait que l’Algérie et les pays du Sahel n’ont plus d’alternative que de trouver un compromis et d’essayer d’agir ensemble ».
*Les opinions, prévisions, analyses ou propos cités dans la dépêche appartiennent à leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position officielle d’Anadolu