AA/Istanbul/ Sanaa Amir
L’éducation et l’urbanisation, longtemps considérées comme des leviers majeurs de réduction de l’extrême pauvreté, ne permettent plus, à elles seules, d’obtenir des progrès significatifs dans les régions les plus touchées, notamment en Afrique subsaharienne, selon une nouvelle étude de la Banque mondiale.
Fondée sur des enquêtes auprès des ménages dans 154 économies, couvrant 96 % de la population mondiale, cette étude analyse l’évolution des caractéristiques des personnes vivant dans l’extrême pauvreté entre 2003 et 2024.
Elle révèle que, malgré le recul global de la pauvreté extrême, celle-ci se concentre de plus en plus en Afrique subsaharienne, dans les économies fragiles, les zones rurales, parmi les jeunes et les populations ayant un accès limité à l’éducation.
Selon les auteurs, les progrès réalisés au cours des deux dernières décennies ont considérablement ralenti durant les dix dernières années.
Les personnes qui restent en situation d’extrême pauvreté sont désormais davantage concentrées dans des régions où les avancées en matière de réduction de la pauvreté stagnent, notamment dans des zones rurales caractérisées par un manque d'opportunités économiques et une vulnérabilité accrue.
L'étude met également en évidence des différences importantes entre les régions du monde concernant le lien entre l'éducation, l'urbanisation et la réduction de la pauvreté.
Entre 2003 et 2013, en Asie de l'Est, chaque augmentation d'un point de pourcentage de la population ayant un niveau d'éducation supérieur au primaire ou de la population urbaine était associée, en moyenne, à une baisse d'environ 10 points de pourcentage de l'extrême pauvreté.
En Asie du Sud, cette relation s'est renforcée après 2013. Entre 2013 et 2024, chaque augmentation d'un point de pourcentage du niveau d'éducation ou de l'urbanisation était associée à une diminution de plus de 10 points de pourcentage de la pauvreté.
En revanche, l'Afrique subsaharienne a enregistré des progrès comparables en matière d'éducation et d'urbanisation à ceux de l'Asie du Sud, sans parvenir à réduire la pauvreté dans les mêmes proportions.
Dans cette région, chaque augmentation d'un point de pourcentage du niveau d'éducation ou de l'urbanisation était associée à une baisse de la pauvreté inférieure à un point de pourcentage entre 2003 et 2013, puis légèrement supérieure à un point entre 2013 et 2024.
Pour la Banque mondiale, ces résultats montrent que l'amélioration de l'accès à l'éducation et l'expansion des villes ne se traduisent pas automatiquement par une amélioration des conditions de vie.
La création d'emplois productifs, le renforcement des possibilités économiques et une meilleure répartition des bénéfices de la croissance restent essentiels pour réduire durablement la pauvreté.
L'institution souligne également que les populations les plus pauvres vivent souvent dans des zones où se cumulent plusieurs difficultés, notamment le faible niveau d'éducation, l'isolement rural, le manque d'opportunités économiques, la fragilité institutionnelle et les risques environnementaux.
Elle préconise ainsi de combiner les investissements dans le capital humain et les territoires avec des politiques favorisant l'emploi, la productivité et l'accès aux opportunités économiques, tout en accordant une attention particulière aux régions où la pauvreté demeure durablement élevée.
La Banque mondiale précise toutefois que les résultats de cette étude mettent en évidence des corrélations et ne permettent pas d'établir un lien de causalité direct entre un facteur particulier et l'évolution de la pauvreté.
Elle appelle également à améliorer la collecte des données afin de mieux comprendre les disparités entre les régions et les populations.
Sanaa Ou Amir Ahamada