AA/Istanbul/ Sanaa Amir
La préfecture de police de Paris a interdit l’itinéraire initial d’une manifestation déclarée pour le samedi 31 octobre, invoquant des risques de troubles à l’ordre public liés aux violences survenues lors des précédentes mobilisations, aux menaces visant les institutions et aux appels à des actions violentes relayés sur les réseaux sociaux.
Dans un arrêté publié vendredi 30 octobre, le préfet de police a interdit le parcours initialement prévu entre la place de la Bastille et la place de la Concorde, tout en autorisant le maintien du rassemblement sur un autre itinéraire, entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton.
Le cortège pourra se tenir entre 12h00 et 18h00, avec un départ prévu à 14h00 par les boulevards des Maréchaux, précise le document.
Intervenant vendredi matin sur RMC, la porte-parole de la préfecture de police de Paris, Hélène Denéchère, a défendu le choix de cet itinéraire alternatif, alors que les parcours proposés par les « gilets jaunes » et les syndicats dans le centre de la capitale n'ont pas été retenus.
« Tant que la menace à l’ordre public sera aussi élevée, l’adaptation du parcours sera systématiquement recherchée pour permettre une sécurisation du parcours et le maintien des équilibres de la vie en société », a-t-elle expliqué.
« La liberté constitutionnelle de manifester ne doit pas aller à l’encontre de la liberté du commerce, de la liberté d’aller et venir », a-t-elle ajouté.
Pour justifier cette décision, la préfecture évoque un contexte social particulièrement tendu, marqué par les incidents et les violences enregistrés lors des mobilisations des 17, 18 et 24 octobre. Selon l’arrêté, les précédentes manifestations ont été accompagnées de dégradations, de pillages de commerces et d’affrontements avec les forces de l’ordre.
La préfecture fait notamment état de 855 interpellations lors de la mobilisation du 17 octobre à Paris, ainsi que de 297 membres des forces de sécurité blessés et 111 blessés parmi les riverains et les manifestants. Pour la journée du 18 octobre, elle mentionne 351 interpellations, 17 policiers et gendarmes blessés et 36 commerces dégradés, dont 33 pillés.
Concernant la mobilisation du 24 octobre, l’arrêté fait état de 1 314 interpellations à l’échelle nationale, dont 142 à Paris, ainsi que de 43 membres des forces de l’ordre blessés.
- Des risques de violences et des menaces contre les institutions
La préfecture justifie également sa décision par des appels diffusés sur les réseaux sociaux à profiter de la nouvelle journée de mobilisation pour commettre des dégradations et des pillages. Elle relève notamment des publications appelant à des rassemblements nocturnes et à des actions contre des bâtiments publics, des commissariats, des préfectures et d’autres institutions.
L’arrêté mentionne également des messages faisant référence à Halloween, célébré le 31 octobre, et appelant à organiser des cortèges déguisés dans le cadre de cette troisième journée de mobilisation.
Certaines publications évoqueraient des actions visant à « faire peur au pouvoir ».
La préfecture souligne par ailleurs que l’itinéraire initial devait passer à proximité de plusieurs sites institutionnels et touristiques particulièrement fréquentés le week-end.
Elle invoque également le niveau de vigilance renforcée du plan Vigipirate et la nécessité de protéger les bâtiments publics et les représentations diplomatiques dans un contexte de menace sécuritaire élevée.
Tout en justifiant l’interdiction du parcours initial par la nécessité de prévenir les débordements, l’autorité préfectorale affirme vouloir préserver la liberté de manifester.
Elle estime que le déplacement du cortège vers un autre itinéraire constitue une mesure adaptée et proportionnée aux impératifs de maintien de l’ordre public.
La décision concerne une manifestation déclarée par cinq signataires auprès de la direction de l’ordre public et de la circulation. L’arrêté prévoit ainsi le maintien du rassemblement sur le parcours alternatif autorisé dans l’est de la capitale.
Sanaa Ou Amir Ahamada