AA/Istanbul/ Sanaa Amir
L’enquête sur l’attaque meurtrière survenue à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines, s’oriente vers un mobile raciste et terroriste présumé, cinq jours après les faits qui ont fait un mort et sept blessés, dont quatre grièvement. Le suspect, Kévin T., 39 ans, est décrit par d’anciens proches comme un homme isolé qui aurait progressivement adhéré à des idées racistes, selon des informations rapportées notamment par Franceinfo, France Télévisions et Mediapart.
La victime décédée, Pengo Bossio Wangi, était un Français de 26 ans d’origine congolaise. L’attaque s’est produite vendredi 23 octobre, lorsque le suspect, circulant à bord d’une Renault Clio et armé d’un pistolet-mitrailleur, a ouvert le feu à Trappes et à La Verrière. Parmi les sept blessés figure une enfant de 11 ans.
Le Parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert une enquête pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste en raison de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, ethnie ou religion ».
Lors d’une conférence de presse lundi, le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a expliqué que le profil de la majorité des victimes et certains propos attribués au suspect avaient conduit les enquêteurs à retenir la circonstance aggravante liée au racisme, rapporte Franceinfo.
Kévin T. « ne conteste pas la matérialité des faits », mais conteste « le caractère raciste de ses crimes », selon le procureur. L’avocat de la famille de la victime, Yassine Bouzrou, a pour sa part insisté auprès du Courrier de l’Atlas pour que « le mobile raciste et la qualification terroriste » restent au cœur des investigations.
« Il était mû par la haine, le racisme, et il a tué pour ça », a déclaré lundi le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, sur RMC/BFMTV.
- Un parcours marqué par une évolution idéologique
Selon des témoignages recueillis par Mediapart, Kévin T. a vécu dans plusieurs communes des Yvelines, notamment Saint-Cyr-l’École, Plaisir et Guyancourt. Dans cette dernière ville, située au sud-ouest de Paris, il avait noué des liens avec des voisins avec lesquels il entretenait un potager collectif.
Quatre anciens amis interrogés par Mediapart décrivent un homme dont le discours aurait progressivement évolué vers le racisme au cours des dix dernières années. Ils évoquent notamment une exposition permanente aux chaînes d’information en continu et une tendance croissante à attribuer aux étrangers la responsabilité des problèmes de société.
« L’analyse CNews lui convient bien », a résumé l’un de ses anciens amis, cité par Mediapart.
Selon les témoignages rapportés par les médias locaux, le suspect avait également fréquenté certains milieux associatifs. Il avait notamment participé, en 2018, à un événement public de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), sans en être adhérent ni donateur, a précisé l’organisation selon Franceinfo, Il aurait également fréquenté l’association Résistance à l’agression publicitaire.
Olivier Pareja, militant associatif et figure politique locale écologiste, a indiqué à avoir croisé Kévin T. dans cette association. Il le décrit comme étant ensuite devenu « infréquentable, pour ses idées d’extrême droite, raciste »,rapporte la même source.
Dans un communiqué publié lundi sur les réseaux sociaux, le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) a dénoncé des propos tenus par certains responsables politiques dans les jours précédant l’attaque. Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a également mis en garde contre les discours susceptibles d’encourager des passages à l’acte, dénonçant « des mots qui finissent par armer » des personnes qui « passent à l’acte ».
- Des armes et un dispositif découvert à son domicile
La perquisition du véhicule du suspect a permis de découvrir un pistolet-mitrailleur de calibre 9 mm, des éléments d’armes et de munitions, plusieurs chargeurs, un pointeur laser, un couteau, une bombe lacrymogène, une paire de menottes et un brassard portant la mention « POLICE », selon les éléments présentés par le procureur antiterroriste.
Les enquêteurs ont également découvert à son domicile un dispositif constitué de bouteilles de gaz et de fils électriques reliés à un minuteur.
Selon France Télévisions, les policiers ont par ailleurs retrouvé chez lui un exemplaire de Mein Kampf, le manifeste antisémite d’Adolf Hitler, ainsi qu’un Coran et une Bible, d’après une source proche du dossier.
L’engagement actif du suspect auprès d’un parti politique n’est pas établi. Olivier Christen a affirmé qu’aucun tract politique n’avait été retrouvé dans son véhicule. Le quotidien Le Monde avait pourtant rapporté lundi, en citant une source proche de l’enquête, que des prospectus du Rassemblement national (RN) y avaient été découverts.
Le parti de Marine Le Pen a annoncé mardi des poursuites en diffamation contre le journal, l’accusant d’avoir publié une information « mensongère ».
- Un suspect suivi pour schizophrénie
Kévin T., qui vivait seul et était célibataire, travaillait dans le secteur des hydrocarbures, selon France Télévisions. Une source proche du dossier le décrit comme ayant un « comportement violent », notamment dans le cadre professionnel.
Il n’était pas connu des services de renseignement. Son casier judiciaire comporte quatre condamnations de droit commun, toutes réhabilitées de plein droit en raison de leur ancienneté, selon le procureur antiterroriste.
La dernière remonte à 2012. Elles concernaient notamment des infractions routières et la consommation de drogues, selon une source proche du dossier citée par Franceinfo.
Les analyses sanguines réalisées après son interpellation ont révélé la présence de cannabis et de cocaïne, selon le PNAT.
Le suspect avait par ailleurs été diagnostiqué schizophrène et suivrait un traitement médical, selon France Télévisions. Les expertises judiciaires devront déterminer si son état de santé a pu altérer son comportement au moment des faits.
Sa garde à vue, suspendue dimanche après un examen psychiatrique, a repris lundi.
Selon Olivier Christen, un nouvel examen n’a révélé ni symptômes de décompensation aiguë, ni signes directs ou indirects d’activité hallucinatoire ou délirante, ni éléments cliniques justifiant une hospitalisation sous contrainte.
La garde à vue pourrait se poursuivre jusqu’à jeudi, tandis que les enquêteurs cherchent à préciser les circonstances du passage à l’acte, le rôle éventuel des troubles psychiatriques et le parcours idéologique du suspect.
Selon une source proche du dossier, citée par Franceinfo, Kévin T. aurait également évoqué les violences du 17 octobre lors de son arrestation.
Les investigations doivent encore établir la portée de ces déclarations et leur éventuel lien avec l’attaque.
Sanaa Ou Amir Ahamada